"Commençons, sans vouloir du tout faire de la provocation, par défendre la légitimité institutionnelle de Francine Evéquoz. Le Conseil communal a décidé la création de ce poste en juin passé et le Conseil général l'a accepté tout en trouvant cependant peu défendable qu'il soit réparti sur le buget du personnel de chaque musée."

Je ne partage pas votre opinion concernant la légitimité du poste de Francine Evéquoz par l’acceptation du budget par le Conseil général. A ce jour, les règlements des commissions de gestion des musées n’ont pas été adoptés par le Conseil général. A ma connaissance, les contrats d’engagements et les cahiers des charges des conservateurs n’ont pas non plus été modifiés. Ces derniers sont donc par conséquent toujours chefs de service, responsables de leurs musées et dépendent directement du Conseiller communal en charge du Dicastère.

"Disons-le aussi, ce rapport contient quelques bonnes pages, fruit d'un travail de fourmi exploratrice et d'observation sur le terrain. Tous les membres du personnel ont été auditionnés par Francine Evéquoz qui a la meilleure vision globale que le Conseil communal ait jamais eue à sa disposition. [...] Jusqu'ici le Conseil communal ignorait tout de cet univers protéiforme."

Qu'en savez vous ???

Votre critique de la "méconnaissance complète de la réalité culturelle chaux-de-fonnière" et de la méthode de travail de Francine Evéquoz mérite tout de même que l'on élargisse la réflexion.

Nos musées ont chacun une histoire, bien différente l'une de l'autre. Ce passé a forgé leur identité, leur contenu et leur importance "relative".

On ne peut faire une analyse, ni même un arrêt sur image, comme aurait dit Jean-Pierre Veya selon votre texte, sans fausser l'image des institutions, si on ne tient pas compte du poids de l'histoire et des contextes financiers et politiques depuis la crise horlogère de 1974 jusqu'à ce jour.

Vous en donnez d'ailleurs un magnifique exemple lorsque vous citez l'ignorance totale de Francine Evéquoz concernant la convention qui lie le Musée des beaux-arts et la commune de La Chaux-de-Fonds, mais aussi la méconnaissance du travail effectué par le Musée d'histoire.

Vous indiquez que Francine Evéquoz

"cite un extrait d'une discussion au Conseil général, en avril 2004 sans dire qui parle (un conseiller communal, général ?) ni dans quel contexte, du pur copier-coller : "Notre ville a effectivement la chance de posséder des institutions culturelles de très haut niveau qui sont reconnues par leur qualité, non seulement en Suisse, mais bien au-delà de nos frontières. Nous avons un magnifique parc ainsi que trois musées d'une valeur importante, qui présentent tous les trois un aspect culturel et surtout un aspect architectural"

Ce passage me concerne. Cette situation date de la séance du Conseil général de septembre, 2003 lorsque le C.G. examinait le rapport "Un parc - Trois musées".

La "saga" (comme vous l'appelez) "Un Parc - Trois musées", dont les réflexions avec les trois musées et les trois commissions ont commencé en 2001 (!), était un projet qui constituait bel et bien le début des réflexions sur une réorganisation administrative des musées, mais dans un sens positif pour tous. Ce projet devait aussi à terme alléger le travail des conservateurs dans leurs tâches quotidiennes et ce projet devait surtout permettre au Musée d'histoire et au Musée des beaux-arts de prendre une place plus importante dans le sillage du Musée international d'horlogerie.

Objectifs qui ont malheureusement été perdus - ou volontairement oubliés (?) – mais qui accouchent, bien malgré moi, d'un "monstre".

Je suis un peu déçue après votre analyse critique du travail de Francine Evéquoz et du Conseil communal de vous voir tomber, (pas aussi gravement rassurez vous), dans le sillage des prénommés.

Pourquoi décochez-vous des flèches envers le Musée international d'horlogerie et le Musée d'histoire naturelle et leurs conservateurs actuels ou passés ?

Pourquoi le Musée international d'horlogerie a-t-il été jalousé de tout temps par les politiques et les autres institutions ?

L'égalité à tout prix n'a pas que des vertus !

Est-il impossible d'admettre qu'un musée peut avoir une place plus importante qu'un autre, seulement de par son contenu et l'intérêt qu'il représente pour les visiteurs venus de l'extérieur de la ville, de la Suisse et de l'étranger, ou par rapport à ce qu'il représente dans l'histoire et la vie économique de notre ville ? Les périodes de P. Imhof, de Mme C. Cardinal et maintenant de L. Oechslin n'ont cessé jusqu'à aujourd'hui de subir le feu des critiques.

Je vous avoue que j'ai toujours été choquée, comme "étrangère" et par conséquent sans avis préconçu sur la situation, de ce genre de "jalousie" qui continue à alourdir le climat et que malheureusement, peut être sans le vouloir, vous ravivez à travers votre discours. Dommage.

Nos musées présentent des intérêts et des rayonnements différents et s'adressent à une population soit locale et régionale, soit nationale et internationale. Cela n'empêche aucunement les conservateurs de présenter une exposition sur un thème commun (cf l'exposition "Point's d'eau" avec la Bibliothèque de la Ville, en 2003 !) et de mettre en valeur leurs particularités respectives.

Refuser de reconnaître et de composer aves ces différences est un frein au développement et à la bonne entente entre les institutions. Mais cette différence n'enlève rien à la qualité de chaque institution et au travail qui y est effectué par leurs conservateurs respectifs. J'ai toujours déploré que la valeur de leur travail, mais aussi la valeur des institutions chaux-de-fonnières soit si difficile à faire admettre à une partie de la population, surtout celle qui ne fréquente guère les musées, mais aussi... aux partis politiques, le vôtre compris.

Malheureusement, les politiques chaux-de-fonniers refusent de reconnaître l'importance du Musée international d'horlogerie. Empêcher ce musée de jouer son rôle de musée "phare" pour la Chaux-de-Fonds, continuer à s'attaquer à son organisation et son "triumvirat" est un jeu de massacre que La Chaux-de-Fonds pourrait rapidement et amèrement regretter.

Ce "triumvirat" n'est d'ailleurs constitué que d'un conservateur à 60% (qui a désiré avoir du temps, hors budget MIH, pour continuer à effectuer des recherches personnelles dans le domaine de l'horlogerie et autre) et d'une conservatrice adjointe à 50% ce qui fait ensemble 110% ! Le poste de conservateur adjoint responsable de la restauration est occupé par une personne qui travaille de très longue date dans l'institution. Pourquoi tant de "jalousie" contre cette organisation, qui distribue la responsabilité de la multitude des tâches, tâches bien plus variées et multiples que dans les autres institutions ?

Ces attaques répétées ne constituent pas non plus une solution pour résoudre les problèmes quotidiens des trois musées.

Comme je l'ai déjà écrit ci-dessus, chaque musée a eu un développement différent, le Musée international d'horlogerie et le Musée des beaux-arts ont bénéficié d'une aide considérable de la société privée tout au long de leur existence. Cela a été une chance énorme qui leur a permis de posséder des richesses et de se développer d'une manière qui n'aurait jamais pu être possible sans cet appui.

Le Musée d'histoire a toujours été, à moins que je ne me trompe, géré par la ville sans appui extérieur. La saga "Un parc-Trois musées" a initié des projets d'améliorations considérables. Le fait que ces projets n'ont toujours pas trouvé leur aboutissement est à chercher dans les valses hésitations depuis 2004, période sur laquelle je ne livrerai pas de commentaires.

Le projet de création d'un centre d'interprétation urbaine est ainsi le résultat du mandat attribué à "Museum développement" fin 2003 - début 2004 et n'est pas une idée de Francine Evéquoz ni du Conseil communal actuel, ni d'ailleurs celles de l'aménagement des caves et de l'installation d'un ascenseur, dont les projets architecturaux ont déjà été présentés à la commission de gestion du Musée d'histoire avant juin 2004 ! Ces projets faisaient partie des objectifs du projet "Un Parc-Trois Musées". J'espère vivement que ces projets puissent se réaliser.

Quand à vos remarques envers M. Jacquat... je ne peux que dire : heureusement pour l'institution qu'il ait été pugnace et ait eu les "défauts" que vous lui attribuez. C'est quand même bien cela qui lui a permis d'offrir à la population des expositions didactiques et autres, négociées aux prix les plus bas avec des musées de plus grande importance.

"Le défaut d'argent rend créatif" disent Francine Evéquoz et le Conseil communal dans le rapport RIMUS... eh oui, après cela toutes les critiques sont faciles. Ceci ne concerne pas uniquement le Musée d'histoire naturelle !

La non-réalisation du Naturama n'a rien à voir dans cette réflexion, il s'agit d'un tout autre problème, sur lequel je ne désire pas m'exprimer.

Vous voyez, lancer des réflexions et des accusations, lorsqu'on n'est pas au cœur de l'affaire, peut entraîner plus de problèmes qu'ils n'en résolvent, et malheureusement cela continue à blesser des personnes.

En ce qui concerne les remarques sur le Musée des beaux-arts, Edmond Charrière et même Lada Umstätter, et sur les conflits qui ont sillonné le parcours d'Edmond Charrière, permettez-moi de vous poser la question suivante : ne pensez vous pas qu'il s'agit de dire et d'appliquer le principe "The right men in the right place" ?

Le conservateur a une mission et une responsabilité particulières inhérentes à son poste. Les membres de la SAMBA et les membres de la commission ont des rôles différents et complémentaires mais qui ne sont pas interchangeables avec ceux du conservateur. Les discussions doivent être ouvertes, le dialogue et l'écoute présents, mais le choix final de l'option culturelle du musée et des expositions appartient au conservateur.

Votre expérience des conflits au Musée des beaux-arts n'est-il pas un exemple qu'il s'agit de ne pas répéter et surtout de ne pas ériger en but unique ?

Votre appréciation serait-elle différente si la même chose se produisait au Musée d'histoire ?

Je ne ferai pas une analyse détaillée de ce rapport, ce n'est ni mon rôle, ni ma volonté. D'autres personnes l'ont fait avec beaucoup de pertinence.

Ma seule réflexion sera la suivante : ce rapport est, par ses affirmations gratuites mais surtout par ses ommissions, qui rendraient caduques une très grande partie des accusations, d'une malhonnêteté intellectuelle rarement égalée.

La majorité des membres du Conseil communal a depuis 2000, comme conseiller communal ou général, eu connaissance et accès aux divers dossiers concernant les musées de la ville et aux nombreuses discussions et propositions formulées par les ex conseillers communaux et conservateurs. Francine Evéquoz a eu accès a tout ces documents, PV de séances y compris.

De tels "trous de mémoire" sont-ils alors justifiables ?

Ou est le respect de la propriété intellectuelle et de l'éthique professionnelle ?

Par conséquent, ce rapport ne peut être considéré que comme une manipulation de l'opinion publique et des conseillers généraux, qui eux n'ont pas eu connaissance ni accès à ces nombreux dossiers, même si certains rapports publics (de 2000-2004) sont encore consultables sur le site de la Ville.

Mis à part ces ommissions, ce rapport n'est qu'un récit de plus sur tout ce qui est à améliorer dans les musées, mais si cela était le but du Conseil communal il aurait fallu faire l'addition des moyens nécessaires et curieusement c'est ce qui manque dans ce rapport.

Sans une demande de crédit substantiel au Conseil général, en espérant que ce dernier entre en matière, ce rapport n'est que du bluff politique.

Malgré son retrait il laissera des traces indélébiles et négatives auprès des professionnels et de la population. Quels gâchis.

Monsieur Musy, j'ai de l'estime pour votre travail, votre réflexion critique et votre engagement pour la culture chaux-de-fonnière et j'espère vivement que vous continuerez à jouer le rôle qui fut le vôtre jusqu'à présent.

J'espère aussi que ce mauvais feuilleton se terminera au plus vite et que les conseillers généraux ne se laisseront pas duper par cette manipulation.

En vous remerciant de bien vouloir prendre le temps de me lire, je vous adresse, Monsieur Musy, mes meilleures salutations.


Lise Berthet, ancienne conseillère communale en charge de la culture de 2000 à 2004.

La Chaux-de-Fonds, le 25.10.2008