L’inventivité qui consiste à créer un poste supplémentaire dont personne n’a ressenti la nécessité, mais dont chacun peut deviner qu’il va créer davantage de problèmes qu’il va en résoudre, voilà une belle démonstration de gaspillage ! Elle s’inscrit dans une tendance lourde qui consiste à multiplier les postes de gestion dans la culture, souvent aux dépens de ceux qui la « produisent » vraiment ou qui la font vivre et la mettent en valeur. Cette démarche a été menée jusqu’à son terme prévisible, une pantalonnade couvrant les autorités de la ville, et forcément, hélas, la ville elle-même, de ridicule. Comment se fait-il qu’une nomination aussi aberrante et qu’un rapport aussi nul et aussi veule aient pu passer la rampe sans déclencher une sonnerie d’alarme, ou alors qu’une telle sonnerie n’ait pas été entendue ? Ce gâchis illustre probablement le principe de Peter selon lequel « Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité », épicé de cette nuance chaux-de-fonnière que le « comité de pilotage » ne s’est pas contenté de servir d’exemple, mais qu’il en a encore créé un de toutes pièces !

A La Chaux-de-Fonds, les "maîtres de la culture" ne se sont pas contentés de tirer sur les conservateurs, ils se sont encore tiré une balle dans le pied. Ils ont sali la "bonne image" culturelle de la ville, ou ce qu’il en reste, et compliqué, voire rendu impossible, tout changement peut-être souhaitable. Au fond, et même si cela ne doit pas devenir un critère absolu et prioritaire, il est légitime de s’interroger sur la fréquentation des musées et de souhaiter y attirer davantage de monde. II est légitime de songer à certaines simplifications administratives. Pourquoi cela ne serait-il possible qu’en plaçant les conservateurs sous tutelle, autrement dit en renonçant d’avance aux services des plus compétents et des plus engagés ? Il est légitime de regretter, sans nullement dénigrer le MIH et ses activités, que le temps n’y soit abordé que sous l’angle technique, la mesure du temps, et pour ainsi pas dans ses dimensions philosophiques, et que l’influence de l’industrie horlogère sur le tissu urbain et sur la vie des gens n’y constitue pas un thème.

Ces questions légitimes, et d’autres encore, seront probablement renvoyées aux calendes grecques en raison d’un rapport inepte et souvent insultant, qui décourage et stigmatise au lieu de stimuler la réflexion et les énergies. Dommage !

Jean-Bernard Vuillème Ecrivain

(le 7 octobre 2008)