Camarades,

Depuis que j'ai quitté le Conseil communal, j'ai tenu à observer un devoir de réserve envers les activités, les options et les choix des collègues qui m'ont succédé. Même si l'évolution de notre Ville ne va pas toujours dans le sens que j'aurais souhaité pour elle et ses habitants, je me suis gardé de faire des remarques, estimant que le rôle des "anciens" n'est pas de critiquer ce qui se fait après leur passage. J'ai été longtemps persuadé que je pourrais rester ainsi, dans une attitude de retrait, même si certaines circonstances, certaines décisions, pesaient parfois lourdement sur ma volonté de silence.
Deux raisons me poussent à vous écrire à mon tour aujourd'hui: la première est dictée par mon respect et mon intérêt pour la culture, chaux-de-fonnière en l'occurrence, et la seconde vient simplement du fait que Laurent Kurth mentionne mon nom au rang des Conseillers communaux qui ne se sont pas suffisamment occupés des musées et de leurs conservateurs, durant leurs mandats.

"Un vent de fronde souffle contre le Conseil communal" peut-on lire dans les journaux ou entendre à la radio. Quelque part, cette nouvelle est réjouissante: elle démontre à ceux qui pouvaient en douter que l'esprit d'ouverture culturelle n'est pas mort dans notre ville. Il est même si vif que des personnes d'horizons divers, de milieux différents, d'opinions politiques opposées prennent le temps d'écrire leur désarroi, leur déception et leur colère, face à l'attitude du Conseil communal. Cela ne perturbe-t-il pas quelque peu la tranquille assurance de nos décideurs?

Voyez-vous, Camarades, je m'interroge:

- Comment peut-on élaborer un rapport d'une telle importance sans en référer d'abord et en premier chef aux personnes concernées? Si mes informations sont exactes, les conservateurs (qui sont chefs de services) n'ont quasiment pas été entendus au moment de l'élaboration du rapport RIMUS et n'ont été mis au courant de l'essentiel de son contenu que deux jours avant sa sortie. Le personnel des musées n'a été informé qu'une heure avant la presse! Bonne méthode pour éviter les remarques et les questions qui fâchent! La déléguée culturelle elle-même ne semble pas avoir fait partie du groupe de pilotage… Oubli???
Enfin, Camarades, pourrait-on imaginer élaborer le budget de la Ville sans en parler avec le chef du Service des finances, prévoir de transformer un immeuble communal sans en parler à l'architecte de la Ville, assainir les chaussées sans en référer à l'ingénieur…? C'est pourtant bien ainsi que l'on a choisi de procéder dans le domaine culturel !

- Comment a-t-il été possible de décider de confier ce travail d'évaluation et de propositions à une personne que l'on avait déjà engagée (nommée?) pour être la conservatrice des Musées concernés? Le Conseil communal n'a-t-il jamais entendu parler de neutralité, qualité première exigée lors de ce type de travail? La personne mandatée reconnaît naïvement elle-même l'inconfort de sa nouvelle situation! Il y a en Suisse bien suffisamment de personnes qualifiées, de chercheurs universitaires, de responsables d'importantes réalisations culturelles qui auraient été honorés de participer à une telle analyse et ne nous auraient pas pondu le lamentable rapport que nous pouvons lire aujourd'hui!

- Pourquoi le Conseil communal s'obstine-t-il à mettre à la tête des Musées une personne avec qui, visiblement, le courant ne passe pas? Parce que, comme elle le dit si gentiment sur les ondes, elle a travaillé dans des musées locaux au Valais et qu'elle y a même mis sur pied une ou deux expositions? Quelle gifle pour nos professionnels qui oeuvrent ici depuis longtemps et qui ont fait leurs preuves! Quelle déception pour les deux nouveaux engagés qui sont arrivés pleins d'enthousiasme et de projets, mais qui se voient tous relégués au rang de subalternes d'une personne dont peu de gens, (à part le Conseil communal apparemment) décèlent les qualités.
Permettez-moi une petite anecdote: Début janvier 2008, j'ai assisté à la remise des prix de la Biennale au Musée des Beaux-Arts. Je rentrais d'un voyage de trois mois et n'étais absolument plus au courant des événements survenus récemment en Ville. Il n'a fallu que quelques minutes pour qu'au moins six personnes, de milieux et d'opinions politiques fort différents, viennent me parler de cette "super-conservatrice"! Je peux vous l'affirmer, tous les avis allaient dans le même sens… et ils n'étaient pas louangeurs! J'ai été curieux bien sûr de voir la dame en question! Alors, on m'a vite expliqué: "Elle n'est pas présente, le vernissage a lieu en dehors de ses heures de travail… Et elle ne veut pas qu'on l'appelle sur son portable, elle préserve sa vie privée…". On croit rêver! Plus tard, j'ai entendu bien d'autres critiques, toujours aussi amères, d'autres questions, d'autres doutes (sur ses compétences notamment), d'autres craintes quant aux nouvelles conditions de travail. J'ai écouté et n'ai rien dit. Mais ce rapport, l'esprit dans lequel il a été fait, le mépris qu'il sous-tend pour le travail qui a été réalisé, l'inquiétude qu'il génère auprès des personnes concernées et la perspective de voir les institutions culturelles mises sous tutelle de la Ville, me poussent à m'exprimer.

Dans son argumentation, Laurent Kurth cite des noms d'anciens Conseillers communaux, dont le mien, en affirmant que nous aurions "dû intervenir plus systématiquement et plus régulièrement réunir le collège des conservateurs". Je ne désire pas parler au nom des autres personnes citées dans son propos, mais je m'élève énergiquement contre cette affirmation en ce qui concerne mes mandats à la tête du Dicastère de la culture. (Je rappelle toutefois qu'en plus de la culture, j'avais pour dicastères l'Instruction publique et la Formation professionnelle, la Police, le Service de défense contre l'Incendie, la Protection Civile, et d'autres services de moindre importance).
J'ai rencontré les conservateurs des musées au minimum une fois par mois durant mes 12 ans d'activité, les écoutant et discutant de leurs projets et de leurs propositions, leur donnant mes opinions et les directives du Conseil communal. J'ai été disponible pour eux chaque fois qu'ils en ressentaient le besoin. J'ai assisté à toutes les séances des commissions des quatre institutions, et cela toujours dans un climat constructif d'échanges. A ce propos, je tiens à relever l'engagement extraordinaire des commissaires pour "leur" institution, à laquelle ils s'identifient fréquemment. Ils sont, avec les conservateurs, des moteurs par le biais de propositions et représentent un appui précieux dans la recherche de soutiens financiers ou autres.
Le délégué culturel a présidé toutes les séances de la coordination inter musées, élaborant avec les conservatrices et conservateurs plusieurs projets d'importance qui, bien malheureusement, n'ont pas toujours pu aboutir, et cela pour des raisons financières.

Voyez-vous, Camarades, la culture est un dicastère peut-être un peu spécial, dans le sens où on ne devient pas cultivé simplement comme on apprendrait la comptabilité ou la grammaire! On ne comprend pas la culture simplement parce que l'on a un post-it sur le front qui dit que l'on est chef du dicastère ou conseiller communal. Pour la comprendre, il faut d'abord l'aimer et en avoir besoin. Le Dicastère des Affaires culturelles est à placer sur un autre pied que d'autres services. Ni plus haut, ni plus bas. Un pied différent. Plus subjectif peut-être, plus intuitif, plus sensible aussi. Il faut pour cela accepter de faire confiance aux personnes qui connaissent leur domaine. Il faut garder leurs motivations intactes ou au moins leur expliquer les raisons ( d'abord financières comme toujours) qui nous font renoncer à certains projets. En un mot, il faut dialoguer et essayer de comprendre. C'est ce que le Conseil communal n'a pas fait.

Je ne peux pas croire que ce soit par manque de temps.

Depuis quelques années, les dicastères des différents Conseillers communaux ont été sensiblement allégés puisqu'ils ont été amputés par le glissement vers le Canton de services aussi importants que: les S.I., la Formation professionnelle, l'Hôpital, la Police, le S.I.S, la Protection civile, l'Etat civil, le Service informatique, et bientôt la Caisse de pensions! Il se peut que j'en oublie!
Parallèlement à cela, le Conseil communal a nommé à la tête de plusieurs services des chefs sensés le représenter et coordonner (faire?) le travail.

Sans même parler des surcoûts que ces nouveaux engagements engendrent, ne vous rendez-vous pas compte, Messieurs les Conseillers communaux, combien ils vous éloignent des personnes qui devraient pouvoir travailler en contact direct avec vous? En cherchant à alléger et à simplifier votre tâche, vous mettez des paravents entre vous et celles et ceux qui oeuvrent pour la Ville. Ceci entraîne, sans que, apparemment, vous vous en aperceviez, une démotivation importante du personnel communal. Il est regrettable que vous n'entendiez pas les remarques qui sont faites dans les services et qui se diffusent rapidement et largement parmi la population. Les frustrations sont nombreuses et les incompréhensions aussi!

En ce qui concerne les musées, c'est donc volontairement que vous avez refusé le dialogue, par peur de la contradiction? Par crainte de voir vos arguments affaiblis par des remarques? Par manque de connaissances dans ce domaine? Il est vrai que dialoguer prend du temps. Cela nécessite écoute, ouverture d'esprit et acceptation de la contradiction. En dialoguant, on admet que l'on a aussi quelque chose à apprendre de l'autre. Cela a dû vous paraître tellement plus facile d'envoyer votre "super-conservatrice" faire le travail, au risque de la voir s'embourber dans un monde qu'elle ne connaît pas et que, manifestement, elle n'a pas envie de comprendre. Tellement plus facile d'annoncer une concertation des milieux intéressés (auxquels pensez-vous?) après que votre décision soit mise en œuvre!
Mais, voyez-vous, votre nouvelle conception de la démocratie ne semble pas convaincre grand monde, même si vous vous sentez toujours tenus de parrainer à deux, le chef du dicastère de la culture… Est-il vraiment incapable de faire le travail qui lui est demandé?

Laurent Kurth pense peut-être nous impressionner quand il rapporte les propos du membre UDC du Conseil qui parlait de fermer un musée! Arrêtons de rire! L'UDC fait-elle tellement peur à la Gauche majoritaire, pour qu'une telle provocation entraîne une réaction de panique comme celle à laquelle nous venons d'assister?

Je suis certain que, dans les nombreuses critiques émises, l'idée de réforme de certains fonctionnements des musées n'est pas remise en cause. Il y a des choses à améliorer et les professionnels de la branche l'admettent, comme le public. Là-dessus, le Conseil communal aurait aisément pu obtenir un consensus. Mais ce qui lui est reproché se résume globalement à:
- La méthode ( absence de concertation)
- L'engagement (nomination ?) de la super-conservatrice
- Le choix de la personne
- La volonté de laisser à cette personne un double rôle d'analyste de la situation et de future cheffe de service - La médiocrité crasse du rapport

A mon sens, de graves erreurs ont ainsi été commises. Il est pourtant encore temps de réagir. Tout le monde peut se tromper, et surtout ceux qui travaillent. Donc, je ne pense pas que le Conseil communal doive se sentir déjugé s'il revient sur ses décisions. Il serait à mon sens plus intelligent de reconnaître une erreur et de la corriger que de s'enfoncer dans un projet qui manifestement ne tient pas la route.

A mon tour de solliciter le Parti socialiste pour qu'il ne soit pas le moteur d'une réalisation bâclée et malvenue, mais qu'il tente de persuader nos camarades au Conseil communal de revoir leur copie… et leurs méthodes! Avec mes cordiales salutations.

Jean-Martin MONSCH La Chaux-de-Fonds, le 7 octobre 2008.