Réaction de Jean-Martin Monsch
Par Léopold le mardi 7 octobre 2008, 23:21 - Analyses et réactions - Lien permanent
Un
correspondant nous communique une lettre de Jean-Martin Monsch adressée à ses
camarades du Parti socialiste, qui détaille ses réflexions suite aux décisions
prises par le Conseil communal et à une lettre écrite au Parti socialiste par
le conseiller communal Laurent Kurth. M. Monsch ne s'oppose pas à sa
publication.
Réponse à la lettre relative au rapport RIMUS envoyée aux membres de la section socialiste de La Chaux-de-Fonds par Laurent Kurth, le 6 octobre 2008
Camarades,
Depuis que j'ai quitté le Conseil communal, j'ai tenu à observer un devoir
de réserve envers les activités, les options et les choix des collègues qui
m'ont succédé. Même si l'évolution de notre Ville ne va pas toujours dans le
sens que j'aurais souhaité pour elle et ses habitants, je me suis gardé de
faire des remarques, estimant que le rôle des "anciens" n'est pas de critiquer
ce qui se fait après leur passage. J'ai été longtemps persuadé que je pourrais
rester ainsi, dans une attitude de retrait, même si certaines circonstances,
certaines décisions, pesaient parfois lourdement sur ma volonté de
silence.
Deux raisons me poussent à vous écrire à mon tour aujourd'hui: la première est
dictée par mon respect et mon intérêt pour la culture, chaux-de-fonnière en
l'occurrence, et la seconde vient simplement du fait que Laurent Kurth
mentionne mon nom au rang des Conseillers communaux qui ne se sont pas
suffisamment occupés des musées et de leurs conservateurs, durant leurs
mandats.
"Un vent de fronde souffle contre le Conseil communal" peut-on lire dans les journaux ou entendre à la radio. Quelque part, cette nouvelle est réjouissante: elle démontre à ceux qui pouvaient en douter que l'esprit d'ouverture culturelle n'est pas mort dans notre ville. Il est même si vif que des personnes d'horizons divers, de milieux différents, d'opinions politiques opposées prennent le temps d'écrire leur désarroi, leur déception et leur colère, face à l'attitude du Conseil communal. Cela ne perturbe-t-il pas quelque peu la tranquille assurance de nos décideurs?
Voyez-vous, Camarades, je m'interroge:
- Comment peut-on élaborer un rapport d'une telle importance sans en référer
d'abord et en premier chef aux personnes concernées? Si mes informations sont
exactes, les conservateurs (qui sont chefs de services) n'ont quasiment pas été
entendus au moment de l'élaboration du rapport RIMUS et n'ont été mis au
courant de l'essentiel de son contenu que deux jours avant sa sortie. Le
personnel des musées n'a été informé qu'une heure avant la presse! Bonne
méthode pour éviter les remarques et les questions qui fâchent! La déléguée
culturelle elle-même ne semble pas avoir fait partie du groupe de pilotage…
Oubli???
Enfin, Camarades, pourrait-on imaginer élaborer le budget de la Ville sans en
parler avec le chef du Service des finances, prévoir de transformer un immeuble
communal sans en parler à l'architecte de la Ville, assainir les chaussées sans
en référer à l'ingénieur…? C'est pourtant bien ainsi que l'on a choisi de
procéder dans le domaine culturel !
- Comment a-t-il été possible de décider de confier ce travail d'évaluation et de propositions à une personne que l'on avait déjà engagée (nommée?) pour être la conservatrice des Musées concernés? Le Conseil communal n'a-t-il jamais entendu parler de neutralité, qualité première exigée lors de ce type de travail? La personne mandatée reconnaît naïvement elle-même l'inconfort de sa nouvelle situation! Il y a en Suisse bien suffisamment de personnes qualifiées, de chercheurs universitaires, de responsables d'importantes réalisations culturelles qui auraient été honorés de participer à une telle analyse et ne nous auraient pas pondu le lamentable rapport que nous pouvons lire aujourd'hui!
- Pourquoi le Conseil communal s'obstine-t-il à mettre à la tête des Musées
une personne avec qui, visiblement, le courant ne passe pas? Parce que, comme
elle le dit si gentiment sur les ondes, elle a travaillé dans des musées locaux
au Valais et qu'elle y a même mis sur pied une ou deux expositions? Quelle
gifle pour nos professionnels qui oeuvrent ici depuis longtemps et qui ont fait
leurs preuves! Quelle déception pour les deux nouveaux engagés qui sont arrivés
pleins d'enthousiasme et de projets, mais qui se voient tous relégués au rang
de subalternes d'une personne dont peu de gens, (à part le Conseil communal
apparemment) décèlent les qualités.
Permettez-moi une petite anecdote: Début janvier 2008, j'ai assisté à la remise
des prix de la Biennale au Musée des Beaux-Arts. Je rentrais d'un voyage de
trois mois et n'étais absolument plus au courant des événements survenus
récemment en Ville. Il n'a fallu que quelques minutes pour qu'au moins six
personnes, de milieux et d'opinions politiques fort différents, viennent me
parler de cette "super-conservatrice"! Je peux vous l'affirmer, tous les avis
allaient dans le même sens… et ils n'étaient pas louangeurs! J'ai été curieux
bien sûr de voir la dame en question! Alors, on m'a vite expliqué: "Elle n'est
pas présente, le vernissage a lieu en dehors de ses heures de travail… Et elle
ne veut pas qu'on l'appelle sur son portable, elle préserve sa vie privée…". On
croit rêver! Plus tard, j'ai entendu bien d'autres critiques, toujours aussi
amères, d'autres questions, d'autres doutes (sur ses compétences notamment),
d'autres craintes quant aux nouvelles conditions de travail. J'ai écouté et
n'ai rien dit. Mais ce rapport, l'esprit dans lequel il a été fait, le mépris
qu'il sous-tend pour le travail qui a été réalisé, l'inquiétude qu'il génère
auprès des personnes concernées et la perspective de voir les institutions
culturelles mises sous tutelle de la Ville, me poussent à m'exprimer.
Dans son argumentation, Laurent Kurth cite des noms d'anciens Conseillers
communaux, dont le mien, en affirmant que nous aurions "dû intervenir plus
systématiquement et plus régulièrement réunir le collège des conservateurs". Je
ne désire pas parler au nom des autres personnes citées dans son propos, mais
je m'élève énergiquement contre cette affirmation en ce qui concerne mes
mandats à la tête du Dicastère de la culture. (Je rappelle toutefois qu'en plus
de la culture, j'avais pour dicastères l'Instruction publique et la Formation
professionnelle, la Police, le Service de défense contre l'Incendie, la
Protection Civile, et d'autres services de moindre importance).
J'ai rencontré les conservateurs des musées au minimum une fois par mois durant
mes 12 ans d'activité, les écoutant et discutant de leurs projets et de leurs
propositions, leur donnant mes opinions et les directives du Conseil communal.
J'ai été disponible pour eux chaque fois qu'ils en ressentaient le besoin. J'ai
assisté à toutes les séances des commissions des quatre institutions, et cela
toujours dans un climat constructif d'échanges. A ce propos, je tiens à relever
l'engagement extraordinaire des commissaires pour "leur" institution, à
laquelle ils s'identifient fréquemment. Ils sont, avec les conservateurs, des
moteurs par le biais de propositions et représentent un appui précieux dans la
recherche de soutiens financiers ou autres.
Le délégué culturel a présidé toutes les séances de la coordination inter
musées, élaborant avec les conservatrices et conservateurs plusieurs projets
d'importance qui, bien malheureusement, n'ont pas toujours pu aboutir, et cela
pour des raisons financières.
Voyez-vous, Camarades, la culture est un dicastère peut-être un peu spécial, dans le sens où on ne devient pas cultivé simplement comme on apprendrait la comptabilité ou la grammaire! On ne comprend pas la culture simplement parce que l'on a un post-it sur le front qui dit que l'on est chef du dicastère ou conseiller communal. Pour la comprendre, il faut d'abord l'aimer et en avoir besoin. Le Dicastère des Affaires culturelles est à placer sur un autre pied que d'autres services. Ni plus haut, ni plus bas. Un pied différent. Plus subjectif peut-être, plus intuitif, plus sensible aussi. Il faut pour cela accepter de faire confiance aux personnes qui connaissent leur domaine. Il faut garder leurs motivations intactes ou au moins leur expliquer les raisons ( d'abord financières comme toujours) qui nous font renoncer à certains projets. En un mot, il faut dialoguer et essayer de comprendre. C'est ce que le Conseil communal n'a pas fait.
Je ne peux pas croire que ce soit par manque de temps.
Depuis quelques années, les dicastères des différents Conseillers communaux
ont été sensiblement allégés puisqu'ils ont été amputés par le glissement vers
le Canton de services aussi importants que: les S.I., la Formation
professionnelle, l'Hôpital, la Police, le S.I.S, la Protection civile, l'Etat
civil, le Service informatique, et bientôt la Caisse de pensions! Il se peut
que j'en oublie!
Parallèlement à cela, le Conseil communal a nommé à la tête de plusieurs
services des chefs sensés le représenter et coordonner (faire?) le travail.
Sans même parler des surcoûts que ces nouveaux engagements engendrent, ne vous rendez-vous pas compte, Messieurs les Conseillers communaux, combien ils vous éloignent des personnes qui devraient pouvoir travailler en contact direct avec vous? En cherchant à alléger et à simplifier votre tâche, vous mettez des paravents entre vous et celles et ceux qui oeuvrent pour la Ville. Ceci entraîne, sans que, apparemment, vous vous en aperceviez, une démotivation importante du personnel communal. Il est regrettable que vous n'entendiez pas les remarques qui sont faites dans les services et qui se diffusent rapidement et largement parmi la population. Les frustrations sont nombreuses et les incompréhensions aussi!
En ce qui concerne les musées, c'est donc volontairement que vous avez
refusé le dialogue, par peur de la contradiction? Par crainte de voir vos
arguments affaiblis par des remarques? Par manque de connaissances dans ce
domaine? Il est vrai que dialoguer prend du temps. Cela nécessite écoute,
ouverture d'esprit et acceptation de la contradiction. En dialoguant, on admet
que l'on a aussi quelque chose à apprendre de l'autre. Cela a dû vous paraître
tellement plus facile d'envoyer votre "super-conservatrice" faire le travail,
au risque de la voir s'embourber dans un monde qu'elle ne connaît pas et que,
manifestement, elle n'a pas envie de comprendre. Tellement plus facile
d'annoncer une concertation des milieux intéressés (auxquels pensez-vous?)
après que votre décision soit mise en œuvre!
Mais, voyez-vous, votre nouvelle conception de la démocratie ne semble pas
convaincre grand monde, même si vous vous sentez toujours tenus de parrainer à
deux, le chef du dicastère de la culture… Est-il vraiment incapable de faire le
travail qui lui est demandé?
Laurent Kurth pense peut-être nous impressionner quand il rapporte les propos du membre UDC du Conseil qui parlait de fermer un musée! Arrêtons de rire! L'UDC fait-elle tellement peur à la Gauche majoritaire, pour qu'une telle provocation entraîne une réaction de panique comme celle à laquelle nous venons d'assister?
Je suis certain que, dans les nombreuses critiques émises, l'idée de réforme
de certains fonctionnements des musées n'est pas remise en cause. Il y a des
choses à améliorer et les professionnels de la branche l'admettent, comme le
public. Là-dessus, le Conseil communal aurait aisément pu obtenir un consensus.
Mais ce qui lui est reproché se résume globalement à:
- La méthode ( absence de concertation)
- L'engagement (nomination ?) de la super-conservatrice
- Le choix de la personne
- La volonté de laisser à cette personne un double rôle d'analyste de la
situation et de future cheffe de service - La médiocrité crasse du
rapport
A mon sens, de graves erreurs ont ainsi été commises. Il est pourtant encore temps de réagir. Tout le monde peut se tromper, et surtout ceux qui travaillent. Donc, je ne pense pas que le Conseil communal doive se sentir déjugé s'il revient sur ses décisions. Il serait à mon sens plus intelligent de reconnaître une erreur et de la corriger que de s'enfoncer dans un projet qui manifestement ne tient pas la route.
A mon tour de solliciter le Parti socialiste pour qu'il ne soit pas le moteur d'une réalisation bâclée et malvenue, mais qu'il tente de persuader nos camarades au Conseil communal de revoir leur copie… et leurs méthodes! Avec mes cordiales salutations.
Jean-Martin MONSCH La Chaux-de-Fonds, le 7 octobre 2008.

Commentaires
Merci...un grand merci pour ce texte....
Et il faut en donner les raisons, pour que nous puissions tous partager son bonheur !
certain parlent trop pour ne rien dire! au moin ici je trouve ce que cherche de facon claire et precise bravo...