Mais le "bon peuple" n'existe pas. Il est protéiforme, multiple et mobile, englobant chacun d'entre nous, sans distinction des origines, des conditions sociales, des aspirations et des imaginaires. Ce "bon peuple" aime se reconnaître dans ce qu'il connaît, parfois dans la facilité. Cependant, il aspire aussi au "beau", à l'impalpable, à l'étrange, aux tumultes et aux vertiges. C'est pourquoi il aime les prêtres de ses temples et il faut que ceux-ci soient sincères, fiables et libres.

La culture ne se décrète pas. Elle naît de la vie de tous et elle se répand sur tous. Elle est le levain qui rend l'existence viable, même si l'on l'ignore. Elle revêt toutes les formes, sans élitisme aucun.

Petits et grands, nous avons tous besoin de personnes avisées pour nous aider à trouver en nous ces images, ces sons, ces mots, ces impressions et ces émotions qui nous font ressentir la vie et ses pulsations, même dans les heures sombres. Ces personnes, ces agents ou ces acteurs du monde culturel sont des accompagnants bienveillants et appliqués, nous aidant à vivre nos émois à son heure et à son goût. Les conservateurs des musées, les artistes, les amis des arts, les penseurs, sont des amis cordiaux, parfois méconnus, toujours humblement à notre service. Ces pilotes d'avion, hautement qualifiés, nous transportent là où nous voulons nous rendre, selon notre désir, mais sans encombre.

La démocratie, dès sa conception, aux temps premiers, accordait la primauté à l'Art, et cela même avant l'Art militaire. Cela correspond à l'essence même de la liberté. Et chacun d'entre nous le ressent clairement ou confusément.

Le rapport RIMUS nie la démocratie et le " bon peuple ".


Yves Strub, simple citoyen.