Les esprits vont s’échauffer un moment sur ce rapport, au demeurant nul, et la réforme aura passé comme une lettre à la poste. C’est ce que l’on appelle la politique du fait accompli, signe d’un héroïsme et d’un courage évident : « on a tranché le nœud gordien ». et ouvert la voie, enfin, à l’émancipation des musées. J’ose espérer que le Conseil général par ses réactions, saura pointer la manœuvre et par là , faire taire mes préjugés et calmer mes inquiétudes.

Une imposture intellectuelle

Ce rapport brille par son absence de méthodologie, sa confusion conceptuelle, sa manipulation de l’histoire et son idéologie fumeuse, pour ne pas dire douteuse. D’où est-il proféré? De quel point de vue est-il le vecteur ? Dans quelle perspective s’inscrit-il ? Est-ce l’analyse d’un ethnologue, d’un sociologue, d’un historien, le doute salutaire d’un philosophe, les fantasmes d’une technicienne de surfaces ou d’un conseiller communal, le programme d’un militant de parti , la leçon apprise d’un manager, d’un agent de marketing ou de communication? De tout un peu, certainement, mais cela ne suffit pas à en faire un rapport intelligent, et fiable, que l’on peut signer impunément. De fait, le seul point de vue qu’il laisse transparaître est celui d’une directrice des musées, le seul , il est vrai, franchement objectif, résolument subversif et par conséquent légitime ! Et combien de vérités révélées, de portes ouvertes, de recommandations péremptoires, de citations orphelines, de fantasmes stratégiques, mais aussi que de discrédit, pour si peu de propositions concrètes, d’analyse de cas, de données chiffrées, de prévisions budgétaires et finalement de vision ! Peu importe finalement; maintenant que l’on a fait le ménage en jetant le pavé dans la marre, on va pouvoir prendre son temps et réfléchir tous ensemble pour reconstruire le vieux chalet plus beau qu’avant, évidemment sans son hall inhospitalier, ses rampes caverneuses, et ses couloirs kafkaïens. . Pourtant ce rapport ne manque pas d’habileté ; en culpabilisant les uns pour leur incurie ( les conseillers communaux , surtout passés mais aussi présents), en tenant à distance cette caste d’intellectuels arrogants, autosuffisants et usurpateurs du pouvoir (les conservateurs), en flattant les petites mains et les sans- grade ( les surveillants, les concierges, les réceptionnistes, les régisseurs, les bibliothécaires des musées ) en enrôlant le Patrimoine et en invoquant l’Unesco, on est assez sûr d’asseoir son règne. Le fait de la princesse, aux frais du souverain : passe encore, puisqu’elle est éclairée… Ah non ! Les musées, c’est moi…et Veya! Cela dit, a -t-on vraiment besoin, pour assurer et assumer la réorganisation administrative des institutions muséales de La Chaux-de-Fonds, d’une pasionaria, d’une Jeanne d’Arc ou d’un Winkelried, surtout lorsqu’on sait comment cela finit.

A-t-on besoin de réactiver ce dogme un peu fatigué du « salut par le management » pour rendre nos musées vivants et dynamiques ?

Notre viril et très mâle Conseil communal a-t-il vraiment besoin d’égéries pour penser et agir ?

Tout cela serait finalement assez comique, s’il s’agissait seulement d’un accès de fièvre du landerneau politico- culturel chaux-de-fonnier. Malheureusement la captation et l’instrumentalisation de la culture par la politique ne sont plus seulement de mauvais souvenirs , ni une vague menace, mais elles est sont une réalité rampante, devant laquelle il serait irresponsable de se voiler la face ou de baisser les bras.


Edmond Charrière