Vouloir supprimer l'autonomie des musées, c'est aussi supprimer la créativité, l'enthousiasme, la passion de leurs employés, à tout niveau. C'est vouloir créer, en formelle contradiction avec les codes de l’ICOM (mais sait-on ce que représente cette organisation proche de l’UNESCO ?), une culture étatique, qui rappelle de tristes et dangereux précédents. Et tout ceci pour ne pas diminuer d’un franc le coût du fonctionnement de nos institutions, attirant bon an mal an plusieurs dizaines de milliers de visiteurs d’ici et d’ailleurs (au-delà de 200'000 si l’on prend en compte les visiteurs du Parc zoologique et du Vivarium du Bois du Petit Château, concernés eux aussi par le rapport…).

La comparaison avec d’autres musées montre que les moyens mis en œuvre pour eux à La Chaux-de-Fonds sont nettement inférieurs à ceux d’institutions comparables… et pourtant nos musées vivent, s’enrichissent, font parler d’eux et sont connus largement, n’en déplaise aux auteurs du rapport.

Chose étrange, nulle allusion n’est faite aux cahiers des charges des conservateurs des différents musées… Lorsqu’on réalise un rapport, la première chose à savoir, c’est de savoir lire, c’est de savoir écouter ensuite, c’est de savoir transcrire enfin. Dans ce domaine-là, il n’y a probablement eu ni lecture, ni écoute… Mon cahier des charges tenait en plusieurs pages d’un riche contenu, dont la réalisation nécessiterait probablement des semaines de travail de 120 heures, mais il était l’émanation de la politique et de la volonté du Conseil communal et donc existantes !

Qu’il y ait des choses à améliorer dans nos musées, cela ne fait aucun doute et chacun en est conscient. Il se trouve que parmi les améliorations proposées figurent nombre de projets des conservateurs qui se sont fait remballer toutes les fois avec la même excuse pour « leitmotiv », l’absence de moyens financiers : médiateur culturel, délégué pédagogique, affichages culturels, centralisation des listes d’adresses pour des envois groupés ou ciblés en fonction des besoins… et tant d’autres. Mais la mémoire est courte parmi les politiques soumis au jeu des chaises musicales au gré des élections ! En divisant et réduisant le poste de délégué culturel, il a même été possible de réduire aussi sa présence et la coordination entre musées (et même avec Le Locle !) qui passait par lui…

Mais, subrepticement, avec l’aval du Conseil général, il est vrai, on a trouvé tout de même quelques millions de francs pour une zone de rencontre bis qui a été refusée autrefois en votation populaire sous forme d’une superbe claque pour les autorités qui la préconisaient ! On trouve aussi de quoi payer grassement une personne censée prendre la direction d’institutions pour lesquelles elle manifeste une incompréhension manifeste… mais on a engagé deux chefs de service à 80% pour le MBA et la Direction des institutions zoologiques, remplaçant deux personnes qui étaient à poste complet. Remarquable économie.

Ce ne sont pas « les musées qui sont dans l’impasse aujourd’hui », comme l’affirme le rapport en page 3, mais bien ceux qui assument la responsabilité d’un rapport qu’il faudra « tiroiriser » dans les meilleurs délais, car il constitue un poison pour notre vie culturelle et pour ceux qui s’y dévouent.


Marcel S. Jacquat
Conservateur du Musée d'histoire naturelle de La Chaux-de-Fonds de 1989 à 2007