Je tiens tout d’abord à relever que le rapport mentionné plus haut montre à l’évidence une volonté farouche du Conseil Communal de revoir fondamentalement l’organisation des institutions muséales. Cela me semble indispensable, pour permettre à nos institutions d’assurer le rayonnement que notre ville peut en espérer. M’en réjouis-je ? Malheureusement non ! Voilà pourquoi !

Le ton employé dans ce document m’a amené à vivre des émotions fortes, et plus particulièrement la colère de voir de nombreuses qualités et compétences noyées par un flot de critiques et remarques malheureusement (ou heureusement) en bonne partie infondées. Je crois avoir dépassé l’appréhension émotive suscitée par ce document et pouvoir en saisir les éléments qui me semblent essentiels. J’essayerai donc ci-dessous de vous faire part de mes remarques et commentaires, en évitant la polémique, du moins je l’espère.

Je relèverai tout d’abord que je n’y ai rien trouvé de constructif qui ne se trouve déjà dans un rapport de 2006, établi par les conservateurs des MH, MBA et MIH. A l’époque, ce rapport n’avait pas été retenu comme acceptable. Dommage que vous ayez raté cette opportunité.

Le ton employé dans votre rapport m’incite à penser que les relations entre les milieux culturels et le Conseil Communal sont pour le moins délicates, ce que je regrette et qui me préoccupe. J’attendais de notre exécutif une prise en compte des nombreuses compétences existant dans nos institutions et non une démolition en règle des personnes en place, démolition qui ne peut conduire, je le crains, qu’au départ des meilleurs. Si votre projet est d’avoir des institutions muséales au seul service de la commune, gérant le quotidien, vous avez alors fait le bon choix. Ce n’est toutefois pas ce que je considère comme étant la vocation de nos musées.

Je suis en outre préoccupé par le manque d’approfondissement des problèmes dans ce rapport, et les inexactitudes qu’il contient. En voici quelques unes relatives au MIH, que je connais bien.

J’ai vainement cherché une définition du patrimoine tel qu’il est compris dans ce rapport. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait essentiellement des collections des musées. Certes, cette part du patrimoine revêt une grande importance, puisqu’elle représente des montants gigantesques, et que de nombreux musées nous envient. Toutefois, à côtoyer les membres de la direction du MIH, j’ai l’impression qu’ils ont une vision beaucoup plus large de ce qu’est le patrimoine à gérer et valoriser. Avec eux, je pense que ce patrimoine se trouve, aujourd’hui, aussi largement dispersé dans les nombreuses entreprises horlogères installées dans notre ville, notre canton, et bien au-delà. Ce patrimoine comprend aussi tout le savoir, le savoir-faire développé et mis en valeur par les femmes, les hommes travaillant dans l’horlogerie, les ouvriers et les cadres, les techniciens, les designers, les gens du commercial et ceux du marketing. Les entreprises qui les emploient leur font visiter notre musée ainsi qu’à leurs clients, elles font don de pièces de leurs collections particulièrement significatives. Quelque soixante d’entre elles sont membres sponsor de notre musée. Ce patrimoine, c’est aussi les connaissances acquises par les stagiaires du MIH qui aujourd’hui ont été nommés conservateurs de musées, assurent la gestion du patrimoine dans des entreprises de renom, enseignent dans des universités et publient régulièrement. C’est encore les techniciens qui se sont formés dans les ateliers de restauration et qui ont aujourd’hui des responsabilités dans des entreprises prestigieuses. Je n’ai trouvé nulle trace de cette part du patrimoine dans votre rapport. Je ne vois pas comment les propositions faites pourraient même se limiter à conserver le réseau ainsi existant.

Le MIH a la chance de pouvoir compter sur un conservateur qui est très probablement l’une des personnes au monde les plus compétentes dans le domaine horloger, tant du point de vue technique qu’historique. Monsieur Oechslin a apporté à l’industrie horlogère suisse des innovations dans la montre mécanique parmi les plus remarquables du XXème siècle. C’est volontiers que je vous donnerai plus de détails si vous le souhaitez. En tant qu’horloger (en plus de ses titres universitaires, il est titulaire d’un CFC et d’une maîtrise – je vous laisse le soin de consulter son dossier), il a restauré au moins une horloge astronomique d’une très grande complexité. Enfin, grâce à ces relations et ces connaissances techniques et historiques, il a pu acheter des pièces extrêmement intéressantes, pour des coûts difficilement imaginables. Le patrimoine du musée s’est ainsi enrichi de pièces valant beaucoup plus que les sommes dépensées. En créant une montre originale, vendue à la fois par Embassy et par le MIH, dotée d’un calendrier annuel, M. Oechslin a apporté un rayonnement de notre musée dans les milieux intéressés à la mesure du temps et donc à l’horlogerie, dépassant largement ce qu’aurait pu apporter une campagne de presse basée sur un quelconque évènement organisé par l’un ou l’autre musée. Cette action a, en outre, permis de récolter quelque CHF 200’000 permettant la restauration de l’horloge Vachey, un fleuron de notre Musée. M. Oechslin est en relation avec un réseau de personnes dans les domaines tant académique que technique, dont peu de monde dispose. Sa renommée et ses compétences lui ouvrent pratiquement toutes les portes du monde horloger. Il forme avec la directrice adjointe et le conservateur adjoint, une équipe performante et d’un niveau de compétence nulle part égal dans le monde horloger. Il me semble indispensable que cette reconnaissance soit clairement exprimée par les autorités dont ils dépendent.

Le rapport fait mention de la relève non assurée des associations d’amis des musées. Je serais bien en peine de vous donner des informations précises concernant les autres institutions, mais je puis vous assurer que l’association des amisMIH est bien vivante, et que son comité tend à se renforcer au cours des années, pour réunir des personnes prenant des initiatives en vue d’assurer une relation régulière avec les membres sponsors et en rechercher de nouveaux. Il organise des manifestations telles que notre ballade « à pas contés », mise sur pieds en collaboration avec les musées du Locle et de Villers le Lac. D’autres projets sont en cours et devraient conduire à un renforcement de la visibilité de notre association.

Je pense donc que le MIH dispose de personnes compétentes et de collections remarquables, dont la mise en valeur dépend des moyens mis à disposition et des structures mises en place par les pouvoirs publics. Je ne doute pas que la situation est comparable dans les autres institutions. Sur la base du rapport dont j’ai pris connaissance, je crains que la réorganisation telle qu’envisagée soit un gâchis conduisant à la démotivation voire au départ de personnes parmi les plus compétentes. Il se pourrait, certes, que ces changements amènent le calme dans nos institutions, le calme et la médiocrité.

Restant à votre disposition pour d’éventuels compléments d’information, et vous rencontrer si vous le jugez utile, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, Messieurs les Conseillers Communaux, mes salutations les meilleures.


C. Laesser
Président des amisMIH


cc :
Direction du MIH
Président de la Commission du MIH, M. J.-R. Bannwart
Président de la fondation Maurice Favre, M. M. Ditisheim
Journal l’Impartial