Mais on s'est trompé, on ne trouve sur les 110 pages pas plus que la confirmation d'une décision prise en été de l'année passée, justifiée par des ambitions, des prétentions et des constatations subjectives : Transfert du pouvoir décisionnel et centralisation totale (gestion, administration, philosophie, programmation, bibliothèques, dépôts etc.). Et on nous présente un présumé changement de paradigme, le nuage d'un concept original et innovateur que l'on pourrait appeler "le patrimoine horizontal". Une confirmation dont la facture s'élève à CHF 150’000 environ, sans compter les centaines heures sacrifiées par le personnel de tous les musées pour des entretiens et des séances, c'est pas mal !

Rappelons pourquoi le Conseil communal avait lancé cette opération : donner un nouveau dynamisme, améliorer les prestations et la visibilité. Tout le monde partageait jusqu'à aujourd'hui l'avis que l'on dispose dans les montagnes neuchâteloises d'institutions muséales d'excellente qualité et d'un rayonnement partiellement national ou, en ce qui concerne le MIH même international, incontesté, mais que grâce à leur proximité et le fait qu'elles appartiennent toutes à la Ville, il existe un potentiel supplémentaire non exploité, des synergies à mieux utiliser et à mieux vendre.

Mais quel constat non différencié nous présente le rapport: le travail des 40 ans passés ne vaut rien, les collections sont médiocres, les institutions dissuasives ; les conservateurs absolutistes ont eu pour seul le seul intérêt de doper leurs carrières et ne se sont jamais intéressés à leur public, des bâtiments pas accueillants et austères ; les quelques visiteurs isolés des musées se sont plutôt trompés de porte et ressortent des musées déçus et frustrés.

Première question: Où est l'enquête menée auprès des quelques dizaines de milliers de visiteurs annuels, démontrant leur degré de satisfaction, leurs attentes et critiques ? Où sont les indices ou les expériences objectifs et plausibles qui montrent que le concept de "patrimoine horizontal" attirera plus de monde ? Quel (nouveau) public devra faire la queue devant les musées pour découvrir quoi?
Autre question: est-ce qu’on s'est donné la peine d'estimer les coûts de cette opération de centralisation, car chaque mesure proposée se payera cash? ...Et rendre les bâtiments plus attractifs, offrir des services professionnels en pédagogie, en informatique ou autres, on sait depuis des décennies que de telles choses seraient "nice to have" ou même nécessaires, mais assez difficile à obtenir à budget constant...

Quelles sont les options et les stratégies concernant les contenus développés dans le rapport? Il y en a trois : patrimoine, patrimoine et patrimoine. Une seule grande exposition "horizontale" en 2010, c'est tout, titre de travail : "La Chaux-de-Fonds, cité horlogère" ; très original... Je suis convaincu que le monde n'attendait que cela et que le MBA mettra volontiers à disposition les quatre tableaux d'ateliers horlogers d'Edouard Kaiser qu’il conerve. Quelle vision réduite du rôle d'un musée, quel "horizon" restreint ! Au lieu de la manne patrimoniale promise, c'est une grande sécheresse intellectuelle et créative qui pourrait attendre les habitants et les visiteurs.

Pour moi, un musée a toujours été un lieu de découvertes et non un lieu d'affirmation; je ne veux pas choisir ce que j'aimerais voir dans les salles. Je veux être surpris par le choix de gens qui s'y connaissent mieux que moi. Un musée, ça a toujours été une fenêtre à deux vues, permettant d'un côté le regard de l'extérieur sur une communauté culturelle régionale mais également – et de manière tout aussi importante - permettant le regard d'une communauté régionale sur la culture du monde. Ignorer la deuxième perspective, nier l'importance scientifique d'un musée, penser qu'un musée peut être dirigé à distance, prétendre qu'un écran d'ordinateur suffit pour gérer et travailler sur les fonds et les dépôts, légitimer l'instrumentalisation politique, ouvrir grand les portes au populisme, tout cela frôle la déclaration de faillite intellectuelle et culturelle.

Ce rapport est un assemblage choquant, composé d'environ 2% de réflexions intéressantes, 48% d'autoritarisme et de 50% de virulente incompétence. Le seul effet positif collatéral du rapport est le fait que les milieux concernés - et les conservateurs - se solidarisent enfin pour mener une résistance et faire en sorte qu’un débat public soit enfin lancé.

Agissons pour que ce train puisse être arrêté et que les dégâts, qui sont de toute façon inévitables, puissent être minimisés ; et aussi pour que la démarche totalitaire chaux-de-fonnière ne puisse pas servir d'exemple à d'autres autorités locales en train de perdre le contact avec la culture locale réelle et vivante, synonyme du patrimoine de demain.

Peter Wullschleger
Membre de la commission du Musée des beaux-arts